Quand j’étais plus jeune, et que j’imaginais ma vie dans le monde du travail, j’avais la vision :

–  d’hommes et de femmes d’affaires en costume ou tailleur, toujours cintrés, toujours sérieux et l’air hyper smart. Une image idyllique véhiculée à la télé ou au cinéma

– de mes tontons et tatas trentenaires: jeunes cadres dynamiques (JCD comme on dit au Cameroun), l’air sérieux, représentant un certain niveau de vie et respectés par nos parents. Jeunes, nous aspirions à leur ressembler et être aussi des grands de la famille.

Quand je regardais des publicités dans la rue ou les médias, j’imaginais toute l’équipe derrière, hyper smart, hyper sérieux, hyper mature, hyper cartésien, hyper tout.

Au vue de ma nature extravertie, boule d’énergie, rigolote, qui ne tient pas en place, je me demandais si j’allais vraiment « fit in ». Si avec l’âge j’allais me calmer et être capable de rester rigoureusement sérieuse tout le temps. Je ne doutais pas de ma capacité de travail ou de mes compétences, juste de ma capacité à me conformer et être plus lisse.

Puis, j’ai commencé à travailler…, dans de grosses boîtes.., et, force était de constater que tout ce monde n’était pas toujours sérieux, pas toujours tiré à 4 épingles, et pas tous intelligents (du moins selon mes standards).

Certaines décisions prises sur des projets structurants n’étaient pas forcément hyper réfléchies. On ne faisait pas forcément des analyses hyper poussées avant de prendre certaines décisions. J’ai bien eu une petite déception au début, puis avec le temps et la maturité, j’ai compris que c’était aussi cela la vie en entreprise. J’ai été heureuse d’observer des cultures d’entreprises où l’habillement et l’ambiance pouvaient être détendus. Découvert qu’être créatif, spontané et suivre des intuitions avaient également des avantages.

Je me suis souvent posée la question de la posture à avoir en entreprise. Devrais-je être moi-même? Extravertie, franche (pour ne pas dire cash), dynamique mais aussi sérieuse et rigoureuse. Ou devrais-je ne montrer que le côté sérieux, carré et jouer un rôle de femme calme? Etre moi n’allait-il pas me desservir? Vous êtes-vous déjà posé ces questions? 

Faut-il être soi en entreprise ? Quand le soi est un peu ou beaucoup hors norme ? Faut-il jouer un jeu ? Et finalement quand pouvons-nous être nous ? Nous passons plus de 8h par jour au travail. 

Dans la société, passé un âge on nous demande aussi d’avoir une certaine image, une certaine posture. Et si ce n’est pas votre vrai vous, comment ferez-vous ? Combien d’années allez-vous tenir ? Pour quel gain finalement ? 

J’ai donc fait mon analyse, et j’ai décidé de rester fidèle à moi-même, de garder la même attitude en entreprise que dans ma vie privée. On passe la majeure partie de la journée au bureau; jouer un rôle plus de la moitié du temps, au lieu de vivre cette journée telle qu’elle me ressemble me semblait du gaspillage. Je suis le genre de personne passionnée dans tout ce que je fais, j’aime la bonne ambiance, j’aime rire, parler aux gens, faire des digressions, détendre l’atmosphère et il est important de pouvoir être moi tout le temps (ou presque). Même en sachant que cela pourrait être « mal perçu » surtout auprès d’esprits très conventionnels.

Je suis de nature joyeuse, exubérante, j’ai décidé de l’assumer pleinement. Je m’habille coloré, je suis souriante. Je fais des blagues, il m’arrive même de danser au bureau. A côté de ça je suis une « tueuse », je bosse bien pour ne pas dire très bien (retours de mes chefs et collègues), j’ai une capacité à gérer de grosses charges de travail, à être réfléchie. J’ai un esprit d’analyse et de synthèse affûté. En bref, si on s’arrête à la surface ou mon tempérament pour me juger, le diagnostic sera très mauvais. 

J’ai fais le choix de pleinement m’assumer et laisser des personnes averties et méritantes profiter de la pépite que je suis (oui je me jette des fleurs. Rires).

Est-ce que cela à jouer en ma défaveur ? Je répondrais Oui et Non. Ça surprend au début, et on peut mal me jauger sur le moment, mais en général très rapidement mon boulot parle pour moi. Néanmoins je pense que ça a pu ralentir des prises de décisions pour me positionner sur certains postes, avant d’évoluer. En synthèse, pas de regrets car rester moi me permet de garder la pêche, et m’épanouir dans tout ce  que je fais, au travail et en dehors.

Les amis ou les collègues que je trouve brillants ont presque tous un grain de folie. Certains le laissent transparaître en entreprise et/ou en société, d’autres le limitent à leur cercle rapproché et jouent un rôle le reste du temps.  Chacun est libre de choisir la vie qu’il peut supporter (rires).

Ce que j’ai appris de toutes mes années pro, c’est qu’au final nous ne sommes tous que des humains avec nos qualités et nos faiblesses. De plus en plus, les grands chefs d’entreprises, grands leaders que nous apprécions sont décomplexés et le montrent. Les entreprises s’ouvrent plus aux esprits moins conventionnels, les salariés cherchent à vivre heureux sur leur lieu de travail, la frontière entre vie pro et vie privée se rétrécit, autant être soi tout le temps !

N’oublions pas ce qui a le plus d’importance, juger une personne sur son comportement vis à vis de l’autre, l’honnêteté, le courage, l’intégrité, etc. 

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