Je vais commencer mon propos par dire que je ne parle pas pour toute l’Afrique, mais des pays que je connais ou que mon entourage connait.
Quand on est une femme dans le monde de l’entreprise et que l’on souhaite avoir un enfant, peu importe le pays ou le continent, on se pose des questions sur l’impact sur sa carrière, encore plus dans nos pays africains.
En fonction du type d’entreprise où l’on travaille, si l’on est déclaré ou non, une femme peut redouter de se faire virer (oui nous en sommes là), de ne pas être payée ou d’avoir un ralentissement de carrière si elle enfante.
Ici, nous avons l’avantage de pouvoir facilement compter sur l’aide de nos familles ou de nounous pour nous aider à élever nos enfants. C’est souvent moins une problématique qu’en Europe. Le sujet ici sera de trouver la perle rare, professionnelle, disponible et fidèle pour gérer nos enfants en notre absence (un vrai casse tête pour certaines).
Pour celles qui sont dans des structures où elles peuvent ne pas être déclarées, ou même leur salaire n’est pas garantie tous les mois, c’est un vrai risque économique qu’elles prennent en tombant enceintes. Car elles peuvent être licenciées ou leurs contrats gelés pendant leurs périodes d’absence. Cela engendre de devoir rapidement trouver un travail pour subvenir aux besoins, et donc ne pas avoir un vrai congé de maternité. Et, aussi de devoir compter sur l’aide familiale pour gérer l’accouchement et le post accouchement le temps de se remettre à flot.
Une situation comme celle-là impacte complétement la carrière de la femme mais aussi son équilibre.
Pour celles qui sont dans de grandes entreprises ou des entreprises formelles et structurées, elles sont de facto déclarées, et bénéficient des droits légaux, qui varient pour les pays que je connais de 12 à 16 semaines de congés payés, et pris en charge par l’état.
Ici pas de peur de perdre son travail, c’est illégal , et l’entreprise est sérieuse. Tout va dépendre ici du degré d’ambition et du niveau d’implication voulu dans le rôle de mère (j’explique juste après).
Dans nos pays, il n’y a pas légalement de congés parentales, et je ne connais pas d’ entreprises qui le permettent d’ailleurs. Donc, en général les femmes s’absentent de 3 à 5 mois en cumulant avec leurs congés annuels. Au delà, cela sera un congé sans solde ou une mise à disposition qui pour ce dernier n’est possible qu’une fois dans sa carrière. Du coup, en général, c’est bien les semaines légales et un peu de congés annuels qui sont pris, sans plus.
Ce petit bout de temps, 3 à 5 mois, et la possibilité de récidiver plusieurs fois dans sa vie professionnelle peut dévisser tout le reste de la carrière d’une femme.
D’abord pour des raisons familiales. Dans nos cultures, c’est à la femme d’élever ses enfants et prendre soin de son foyer. L’homme contribue surtout financièrement et ne s’implique pas vraiment dans les activités du foyer, même si il y a de plus en plus de papas modernes. Mais, si l’enfant est mal éduqué, si l’enfant est malade, si l’enfant a quelque chose, toute la famille et le quartier se tourne vers la mère. Le fonctionnement de la maison est laissée à la mère : cuisine, ménage, lessive, gestion des évènements familiaux, etc. Et même si souvent elle a de l’aide par une « fille de maison » ou un membre de sa famille, tout cela reste sous sa supervision.
Gérer la maison, les enfants et le travail peut facilement interférer sur ses ambitions professionnelles car la charge mentale et physique est pesante. La femme va alors travailler et bien faire son travail, mais peut ne pas chercher à prendre une responsabilité supplémentaire pour avoir le temps et l’énergie nécessaire pour gérer son foyer.
Si elle souhaite maintenir ses ambitions, à un certain niveau de poste, ça va lui demander de faire la paix avec soi et accepter de déléguer certaines activités domestiques et maternelles à d’autres. Et souvent devoir supporter les remarques de l’entourage sur le fait de ne pas être suffisamment présente pour ses enfants, son mari et sa famille au sens large. Encaisser des frustrations sur le fait de ne pas représenter la « vraie femme africaine » , comme si il n’y avait qu’un modèle unique et figé dans le temps.
Cela peut aussi venir de l’employeur qui peut considérer que vos absences, qui peuvent être répétées en cas de grossesses multiples est un risque pour lui. Le temps d’absence est un temps ou le business doit tourner donc il se posera des questions à faire passer une femme sur des postes de management par exemple. Sans entrer ici sur l’ impact du patriarcat qui pourra faire l’objet d’un prochain article.
J’ai vu des managers hésiter à recruter des femmes dans des domaines assez demandant juste par peur qu’elles puissent tomber enceintes. Et malheureusement, il arrive fréquemment que les Managers les plus durs sur le sujet soient elles-même des femmes.
Il est vrai que l’absence d’un collaborateur sur une période augmente la charge de travail pour les autres et peut fragiliser l’équilibre de l’équipe, mais encore une fois on oublie souvent que c’est temporaire.
Au delà des considérations professionnelles , il faut savoir avoir des considérations humaines et avoir de l’empathie pour la collaboratrice enceinte. Plusieurs mécanismes sont disponibles pour combler l’absence temporaire d’un collaborateur. L’avantage de la grossesse c’est que l’on a l’information tôt pour s’organiser, ce qui ne serait pas le cas pour un problème de maladie grave (cancer, AVC, etc.) qui touche tous les genres sans qu’on en fasse autant de drame!
Au retour de la grossesse, dans nos pays, il y a le droit à l’heure d’allaitement, qui va de 6 à 18 mois selon le pays. Cela correspond à une autorisation d’une heure par jour pour rentrer allaiter son enfant. En général, ça sera de rentrer 1h plus tôt par rapport aux heures légales de travail. Sur les postes demandant, beaucoup de femmes ne prennent pas ce droit !
Pour moi et certaines de mes amies, étant ambitieuses, nous avons chacune à notre façon essayer de minimiser l’impact de la maternité sur nos carrières.
Cela commence par réfléchir à si oui ou non il faille enfanter. J’ai vu des collègues repousser le moment où sauter le pas par peur de perdre des opportunités professionnelles, par peur d’être moins performante à leur retour, par peur des commentaires de leurs managers.
Cela pousse à deux situations :
– la première : revoir ses ambitions pro à la baisse pour consacrer plus de temps à sa famille.
– la seconde : « sacrifier » son temps perso et naviguer au mieux entre la vie privée et pro.
La femme ambitieuse qui désire être mère va par exemple calculer la période où tomber enceinte et accoucher : entre deux changements de poste, bien après une promotion et suffisamment avant la potentielle prochaine, s’arranger à ce que cela ne tombe pas dans les périodes de rush, ne pas prendre les heures d’allaitement, etc. Certaines vont même continuer à travailler pendant leurs congés de maternité pour limiter l’impact pour l’employeur.
Il y a encore beaucoup de travail dans nos pays pour maintenir les chances de la femme en âge de procréer de pouvoir évoluer au même rythme qu’un homme à compétences égales.

