Cet article m’a été inspiré suite à une discussion entre collègues sur ce qui pourrait motiver nos décisions de quitter notre entreprise.
Suite aux différents points de vue, dont certains contraires aux miens, les questions suivantes me sont venues en tête : Qu’est-ce que nous attendons de notre carrière en entreprise ? Quels sont les éléments qui stimulent notre décision de partir d’une entreprise pour l’autre ? Quel ranking nous faisons chacun de ces éléments ? Est-ce que l’élément principal sert vraiment nos ambitions à long terme ?
Les éléments clés que je retiens :
1) L’ARGENT
Pour la plupart, l’argent était l’élément clé. Par argent on entend le package global: salaire, bonus, primes, car plan, package d’expatriation (prise en charge du logement, scolarité des enfants, billets d’avion, etc.) et autres avantages.
Mon avis: l’argent est important, mais n’est pas l’élément le plus important. Si c’est le premier voir seul critère de décision, vous allez souvent bouger car il y’aura quasiment toujours mieux ailleurs, le marché est ainsi fait. L’argent que nous avons n’est jamais suffisant car on s’habitue au niveau que l’on a et on cherche à en avoir plus. Le problème que j’y vois c’est d’avoir un parcours décousu et finir par être bloqué dans votre évolution de carrière à un certain moment en arrivant dans une voie de garage. Ou comme j’ai pu le voir chez certains, être des mercenaires.
Ayant dit cela, si à un moment donné votre salaire n’évolue pas et que vous vous trouvez complètement dépositionné par rapport au marché, et que cela vous frustre, il est légitime de regarder d’autres options. Know your worth !
2) La position hiérarchique
A nos niveaux (managers ou seniors managers), nous visons tous en next step un poste de Directeur ou Country Manager. D’ailleurs monter en grade correspond presque toujours à une évolution salariale et s’allie donc bien au critère précédent. Il est aussi en général signe de plus de responsabilité, ce qui permet de déployer et acquérir plus de compétences. C’est également un poste de pouvoir, qui en impose et permet d’avoir plus d’influence en entreprise mais également dans le milieu social. Être directeur/directrice est une étape importante dans une carrière et est un marqueur de réussite sociale.
Mon avis : Oui pour être directeur/directrice mais pas à tous les prix. Il faut être conscient.e qu’il y’a directeur et directeur ! Directeur dans une entreprise de 10 ou 100 salariés et directeur dans une entreprise de 1000, 10000 salariés n’a pas le même poids. Directeur dans un pays et directeur chapeautant plusieurs pays ou plusieurs practices ce n’est pas la même chose. Si vous visez par la suite à rejoindre le COMEX de grands groupes ou le Conseil d’administration de grosses entreprises cotées, il est important de faire les bons choix.
3) La taille de l’entreprise y incluant les effectifs, le CA, le Footprint international.
Certains voudraient une petite structure, à taille humaine, permettant de toucher à beaucoup de sujets. Une structure où l’on se connaît et où l’on n’est pas qu’un matricule.
D’autres préféreront une grande entreprise, qui dégage du CA, et peut être internationale. Elles ont souvent plus de moyens, sont plus développées et possèdent des budgets spécifiques pour la formation. On peut y avoir plus de mobilités et monter peut-être plus rapidement en grade. C’est également souvent une valeur sûre sur le CV, et donc cela peut booster son employabilité.
Mon avis : Les deux choix sont bons selon vos objectifs. Personnellement, pour l’instant j’ai travaillé dans 2 grands groupes internationaux et cela me correspond. Il y’a plus de choix de postes et de mobilité interne et internationale possible. On peut y prendre plus de risque à un niveau individuel car l’impact au global en cas d’échec peut être minimisé. Elles ont plus de moyens pour investir sur la montée en compétence de leurs collaborateurs, autant en profiter « gratuitement ».
4) La culture de l’entreprise y inclut sa marque, ses valeurs, etc.
Cela revient plus rarement dans ma tranche d’âge et peut être plus important pour les jeunes.
A notre niveau ce n’est pas forcément le facteur clé qui attire pour postuler à un poste, mais c’est clairement un facteur qui peut aider à fidéliser ou à faire fuir. Quand l’environnement de travail est sympa, la culture et les valeurs de l’entreprise alignées avec les nôtres, il fait bon d’y rester et de s’y épanouir. Par contre, quand il y’a un décalage avec les valeurs affichées et la réalité, ou les valeurs et les nôtres, un malaise et/ou un sentiment d’injustice peut s’installer. Là, en général une période de malaise, de stress ou au pire un burn out peut émerger. Dans ce cas, un départ peut être un moyen de préserver sa santé mentale.
Mon avis : la culture et les valeurs de l’entreprise sont très importantes pour moi. J’ai une personnalité extravertie, avec une éthique forte et certaines valeurs de justice bien ancrées. Je ne vois pas l’intérêt de rester dans des environnements toxiques ou qui ne me correspondent pas. Je reste lucide, aucune entreprise n’est parfaite, et elles ont toutes leurs travers. Tant que cela n’excède pas ma dose d’encaissement et que mon environnement direct est sain, il n’y a pas de problème. Je ne suis pas née pour souffrir dans les mains de quelqu’un (rires).
5) l’équilibre vie privée vie pro
Le sujet de tous les temps : l’équilibre vie privée vie pro ! Y’en a-t-il un modèle unique ? Comment savoir si cela sera réel ? Cela dépend tellement du type de poste, de votre façon de travailler et de vous organiser, de votre manager, de la politique réelle de l’entreprise…Une entreprise peut prôner l’équilibre vie privée et vie pro, mais votre manager étant un workholic ou a contrario un paresseux, un sournois ou n’ayant pas de vie peut entraver intentionnellement ou non votre équilibre.
Votre poste de par sa nature, ou de par le manque de collaborateurs peut être tellement demandant que votre équilibre vacille.
Quelques boîtes néanmoins en ont fait une réelle mission, et sont reconnues sur la place publique, mais soyons réalistes il y’en a très peu !
Mon avis : l’équilibre vie privée et vie pro est important, et c’est finalement à vous de le mettre en place, quitte à entrer en conflit avec votre hiérarchie. Le travail est important mais la vie hors du boulot l’est plus encore. Le temps passe et on ne peut rattraper le temps passé. Méditez sur cette citation du Dalaï Lama «L’homme me surprend. Il sacrifie sa santé pour gagner de l’argent. Ensuite, il sacrifie de l’argent pour recouvrer sa santé. Et il est si inquiet pour l’avenir qu’il ne profite pas du présent; le résultat étant qu’il ne vit ni dans le présent ni dans le futur; il vit comme s’il ne mourrait jamais, puis mourait sans avoir vraiment vécu. »
En conclusion, en fonction de vos ambitions professionnelles et de la trajectoire que vous avez imaginée, il faudra vérifier l’alignement entre le critère important du moment (oui ça peut évoluer dans le temps), le résultat escompté et la finalité souhaitée (votre Rome).

